Christian Thurre

D'où je viens

Je m’appelle Christian Thurre. Je suis né un dimanche de juillet 1962. A Sion. Papa s’appelle Pascal, maman Maria-Carla. Elle nous a quittés en 2012. J’ai une grande sœur, Manuela. Par admiration pour son talent de photographe, j’ai choisi de ponctuer cette petite présentation de quelques-unes de ses photos. Papa, avant d’embrasser une carrière de journaliste songeait à devenir missionnaire. Maman était originaire d’Einsiedeln. Son frère, mon parrain, était moine bénédictin à l’abbaye : Pater Konrad. De maman j’ai la rigueur alémanique et l’amour des choses bien faites. De papa un grain de folie. Des deux, un bel ancrage dans la foi. Je leur en suis profondément reconnaissant.

Quelques pierres de mon parcours de vie

Un parcours de vie est rarement une ligne droite. Il est bien plus souvent fait de bric et de broc, ou de briques et blocs. Du fragile et du solide.
Je ne vais pas vous ennuyer avec mon CV. Pour faire court voilà quelques points de repères d’un parcours atypique : collège à Sion, expédition au Groenland, poly à Zurich, passage à MeteoFrance à Toulouse.
1990 : mariage avec Marie-France… à Saillon ! C’est l’abbé Bender qui nous a mariés.

Première expérience professionnelle à MeteoSuisse à Payerne. Puis départ pour une thèse en modélisation climatique au Canada : Montréal, dans la province du Québec. Années exaltantes dans mon parcours scientifique. Bonheur de la paternité : Diane, Alice et Céline (elles sont jumelles). Ça c’est pour le solide. Le fragile : une crise majeure dans le couple avec le vertige du gouffre qui n‘était pas loin. Cette épreuve a été le lieu d’une expérience très forte de la présence du Christ dans notre histoire. De ce qui peut s’appeler « conversion » a jaillit le désir de le connaître davantage.
Dans la suite de ces années « pour la science », fort d’un renouveau dans notre foi, nous nous sommes lancés dans une aventure communautaire. Elle a duré pas loin d’une quinzaine d’année, une partie en Suisse (terre fribourgeoise) une partie en France (terre champenoise). Suite du bonheur de la paternité : Joséphine et Jean‑Nicolas.
L’épanouissement d’une vie conjugale, familiale et communautaire nécessite un équilibre délicat et un terreau sain. Ayant perçu des carences dans ce dernier, l’engagement communautaire s’est arrêté en 2012. Oui, la vie ecclésiale a aussi ses fragilités. Nous sommes revenus en terre valaisanne.

L'histoire d'un appel

« Donne tes mains pour servir et ton cœur pour aimer ». C’est cette citation de Mère Teresa qui m’a percuté en plein cœur en 2003. J’assistai, le 19 octobre, à Rome, à sa béatification par le pape Jean-Paul II (entre temps elle a été canonisée par le pape François le 4 septembre 2016).
S’en est suivi un temps de discernement, confirmé en 2005 par Mgr Bernard Genoud, évêque alors du diocèse de Lausanne-Genève-Fribourg. Mais le départ en terre champenoise a mis un frein à la suite de cet appel qui est retourné dans un repli plus secret dans mon être.
Début janvier 2018, l’évêque de notre diocèse de Sion, Mgr Jean-Marie Lovey est venu raviver cet appel. Qu’il en soit remercié pour cette audace pastorale. S’en est suivie une formation de trois ans.

Un fil conducteur : le désir de servir

De retour en terre valaisanne en 2012 j’ai eu la joie, et certainement aussi un brin de chance, de pouvoir remettre le pied d’une façon plus « conventionnelle » dans le monde du travail. C’est l’État du Valais, avec son service de l’environnement, qui m’a offert cette opportunité. C’est là que j’œuvre aujourd’hui, en tant que collaborateur scientifique.
Si le parcours que j’ai derrière moi à ce jour est quelque peu atypique, demeure cependant une constante, une sorte de fil conducteur : le désir de servir dans un élan de vie débordant, un peu éclaboussant.
Il y a de cela, dans le service diaconal.

Vous avez dit diaconat ?

Il y aurait beaucoup à dire à ce sujet. Il fait parti du sacrement de l’ordre, qui se décline en trois degrés : diacre, prêtre, évêque.
C’est dans la Bible, dans le Livre des Actes des Apôtres (chapitre 6), qui retrace le début des premières communautés chrétiennes qu’on en parle pour la première fois. S’il y a eu une longue période de l’histoire de l’Église où les diacres étaient quasi absents, c’est au concile Vatican II que ce ministère a été remis à l’honneur. Voici juste un petit extrait d’un texte conciliaire, la constitution dogmatique sur l'église Lumen Gentium

La grâce sacramentelle, en effet, leur donne la force nécessaire pour servir le Peuple de Dieu dans la « diaconie » de la liturgie, de la parole et de la charité, en communion avec l’évêque et son presbyterium.

(LG 29, 21 novembre 1964)

Le diacre est...

Il y a le diacre, qui vit cela comme une étape avant d’accéder à la prêtrise. C’est le cas de Valentin et de Simon. Et tout en étant prêtres, ils demeurent diacres. Tout comme notre évêque d’ailleurs, qui, tout en étant évêque, reste prêtre et diacre.
Et puis il y a le diacre permanent. Qui précisément restera de façon permanente dans cet état de diacre. Un homme marié, ayant un peu « de la bouteille » dans la vie, peut être appelé à exercer ce ministère dans l’église.
Peut-être que vous connaissez ce recueil de petites sentences de vie qui débutait par « L’Amour c’est… ».
Par analogie j’aimerais en proposer quelques-unes en lien avec le diaconat :
Le diacre est…

  • celui qui rappelle que le Christ est avant tout venu pour servir.
  • le ministre du seuil.
  • celui qui a davantage pour mission d’aller aux périphéries du village que de remettre l'église en son milieu.
  • celui qui est envoyé là où il est.
  • celui qui révèle à l’Église sa nature extravertie.
  • celui qui par son ancrage « en pleine vie » doit parfois agir comme un caillou dans la chaussure de l’Église.
  • un funambule qui doit favoriser des ponts entre le monde et l’Église.
  • celui qui avec humilité et délicatesse a toujours le souci de tisser des liens.
  • un serviteur inutile.

Appelé pour une mission ?

L’illustration par l’artiste « Berna » (Bernadette Lopez) de la rencontre entre Jésus et la Samaritaine (Jean 4) me parle beaucoup. Jésus la rejoint dans son humanité, dans sa soif. Il l’écoute, l’accueille et petit à petit il lui fait découvrir la soif plus profonde qui est au fond d’elle. C’est ce Christ serviteur, en tant que diacre, que je souhaite imiter.
Je ne sais pas quel sera le contenu de la lettre de mission que l’évêque me confiera. Mais je suis sûr que l’expérience de mon parcours de vie (l’ancrage familial dans la foi, la formation scientifique, l’expérience de vie communautaire, la richesse des amitiés, l’engagement professionnel dans le domaine de l’environnement) et les briques (fragilités) et les blocs (forces) qui me constituent m’aideront à y répondre avec générosité.
Tout cela avec la grâce de Dieu et …

Jésus et la Samaritaine

Avec le soutien de notre famille et de nos proches

Je suis marié depuis plus de trente ans avec Marie-France. L’amour, la grâce et le pardon sont venus, au fil du temps, adoucir certaines aspérités, pour conduire à une belle complicité. J’en suis convaincu, elle fait partie de la mission diaconale. Et j’aime dire qu’en tant que « ministre ordonné »je ne serai que la « partie émergée » qui ne pourra vivre sa mission qu’avec les « 9/10 immergés » que représente Marie-France.
Nous savons que l'amour de nos cinq enfants et la joie que nous procurent nos petits enfants sont également des soutiens précieux. Tout comme le merveilleux ressourcement que sont nos proches.
Nous les remercions tous du fond du cœur.